Vaincre la boulimie par la thérapie comportementale

L’essentiel des prescriptions doit tendre à modifier au moins autant, sinon plus, la manière de manger que la quantité ou la qualité des aliments. C’est instaurer un mode de vie qui permet de contrôler l’alimentation.

Le boulimique mange souvent peu à table, et peu en public. Lors des repas pris en commun, il se domine, ou il est distrait. Les excès sont plutôt le fait de véritables crises de défoulement, agies dans la solitude. Le caractère compulsif de ces crises constitue un obstacle aux observances des règles de thérapie comportementale dont le but est de rééduquer la manière de s’alimenter. Ceci explique les échecs habituellement rencontrés. Toutefois, comme ces règles sont simples, faciles à appliquer, qu’elles ne coûtent rien et ne comportent aucun inconvénient, on peut les énoncer, même sans illusions, quitte à y renoncer si, au bout de quelques rendez-vous, elles restent lettre morte et n’entraînent pas le moindre progrès.

Chaque point du traitement comportemental tend à normaliser l’ingestion des aliments.

Certains de ces points s’attachent à ralentir les prises de nourriture, à les espacer, d’autres à modérer les quantités, d’autres encore à éviter le grignotage ; il en est enfin, comme la tenue du carnet de bord, qui visent à permettre une prise de conscience des modalités, quantités, qualités des aliments, donc à faciliter l’autorégulation.

Les différentes règles sont introduites une par une, avec l’obligation que les précédentes soient bien intégrées et appliquées avant d’en introduire une nouvelle.

Voici par exemple quelques-uns des points qu’on demande au boulimique de respecter :

– toujours prendre ses repas assis, à table, couvert mis,
– ne jamais manger debout, ni en lisant, ni en regardant la télévision,
– ne jamais consommer un aliment dans son emballage, mais le présenter sur une assiette ou dans un plat,
– ne pas mélanger les aliments,
– préparer de petites portions individuelles,
– ne jamais se resservir d’un plat,
– mastiquer lentement, ne pas avaler une bouchée avant d’avoir dégluti la précédente,
– arrêter un petit moment (quelques secondes) toutes les trois bouchées, en posant son couvert,
– respecter les horaires une fois ceux-ci établis. En cas de fringale, boire un verre d’eau, ou à la rigueur un yaourt maigre, ou manger une pomme.

Il convient de se méfier tout particulièrement des bonbons, fruits, biscuits, qu’on prend un par un, en piochant à même la boîte ou le panier.

Il n’y a alors aucune césure, donc aucune raison de s’arrêter tant qu’il en reste, c’est donc la porte ouverte aux dépassements inévitables et presque involontaires.

Comme on peut s’en rendre compte, l’observance de ces excellents principes suppose le problème résolu, ou du moins que le boulimique est déjà en bonne voie d’amélioration.

Quant à la tenue du livre de bord, elle a son intérêt dans les traitements de l’obésité, mais ne s’applique pas à la boulimie elle-même qui bénéficie davantage d’une évasion et ne demande pas à être encore davantage culpabilisée, déprimée, enfermée dans son marasme.

Hygiène de vie, sport, relaxation, etc.

On peut ranger dans cette rubrique les différents modes d’action qui passent par le corps pour atteindre le psychisme. Ce peut être aussi bien les séances de relaxation que les cours d’expression corporelle, le yoga que la danse, la musculation ou la bicyclette.

Il importe que le boulimique y trouve une satisfaction, une détente, il faut donc lui faire des propositions, des suggestions, tout en lui laissant le choix.

Les sports violents ou de compétition ne sont pas toujours indiqués, en raison de l’intensité de l’effort demandé. Surtout ils n’ont pas l’effet bénéfique qu’on peut attendre des efforts prolongés : marche, natation, randonnée à pied ou à bicyclette.

L’effort prolongé jusqu’à la fatigue, ou du moins jusqu’à un certain degré de fatigue, exerce un double effet : calmant, il fait dormir, apaise l’anxiété ; anorexigène, il diminue l’appétit dans les heures qui accompagnent et suivent l’effort. Ceci est si vrai que les anciens boulimiques deviennent souvent des fanatiques du jogging, de la marche, du ski de fond, ou autre entraînement sportif.

La pratique de ces divers exercices a souvent un effet supplémentaire, bénéfique lui aussi : l’effet de groupe.

Pour les boulimiques qui souffrent si souvent de difficultés relationnelles, qui se sentent isolées, qui ont du mal à se faire des amis, il y a avantage à se trouver automatiquement imbriquées dans un groupe qui les admet naturellement. Sans avoir à se poser des questions, elles n’ont qu’à se trouver tel jour à telle heure à tel endroit. Outre les bienfaits thérapeutiques du groupe, on peut y ajouter, dans bien des cas, l’action bienfaisante de tel moniteur ou monitrice, ne serait-ce qu’en facilitant des identifications gratifiantes et dynamisantes.

La jeune boulimique, tout particulièrement celle qui ne peut ou ne veut ressembler à sa mère, peut trouver une image féminine qui réponde à ses aspirations, et ceci à l’intérieur d’une relation sécurisante mais tempérée et limitée par un cadre précis.

Ces thérapeutiques d’appoint jouent surtout par les éléments psychologiques qui leur sont attachés. Ils nous ramènent donc au seul véritable traitement de la boulimie, la psychothérapie, qu’elle soit directe ou indirecte, exercée par des professionnels ou par des personnes non spécialisées, jouant un rôle dans l’entourage du malade.

oui je veux guérir de la boulimie