Traiter la boulimie par la psychothérapie d’inspiration analytique

Souvent abrégée en P.I.P., elle est à notre avis le traitement le mieux adapté aux problèmes de la boulimie, car il vise à une restructuration en profondeur de la personnalité et non à un colmatage superficiel des troubles

Rappelons brièvement ici qu’il s’agit d’entretiens en face à face où « le » ou « la » cliente sont invités (comme en cure analytique) à exprimer tout ce qu’ils pensent pendant les trois quarts d’heure que dure la séance.

Dans la mesure où ils s’en souviennent, on leur fera raconter leurs rêves et grâce aux libres associations on les aidera à prendre conscience de leurs désirs inconscients ou refoulés. La durée d’une psychothérapie d’inspiration analytique est difficile à prévoir d’emblée et peut s’échelonner suivant les cas, la gravité et le besoin d’aide du client de six mois à deux ans, et ceci à la cadence généralement d’une fois par semaine.

Ajoutons que grâce à la relation de confiance qui s’établit entre les deux partenaires (client et thérapeute), la boulimique va peu à peu abandonner ses funestes habitudes alimentaires : son angoisse va s’estomper et sa culpabilité également. Le soutien chaleureux du thérapeute, sa neutralité bienveillante, son regard attentif vont permettre à la cliente un transfert positif.

Presque toujours frustrée dans ses relations parentales, la boulimique va projeter et identifier sa thérapeute à une image maternelle ou paternelle positive, et ce n’est que lorsque ce besoin de réparation sera moins vif que petit à petit elle arrivera à devenir autonome.

La psychothérapeute n’hésitera pas à intervenir et à gratifier éventuellement sa cliente d’un encouragement verbal ou d’une explication concernant le traitement.

Un sentiment de réconfort doit être celui qu’éprouve tout boulimique en fin de séance, sinon il se précipitera en sortant dans la première boulangerie venue pour se consoler en mangeant des pâtisseries ou du chocolat.

Il est certain qu’entre les séances des rechutes interviendront mais nous pouvons affirmer qu’elles seront de moins en moins fréquentes si le rapport patient-thérapeute est positif.

Les crises de boulimie sont un peu comme les tentatives de suicide, des appels au secours, et c’est parce qu’elles ne parlent pas à qui les écoute avec affection que les boulimiques se jettent par compensation sur la nourriture.

« Plus vous parlerez moins vous mangerez », tel est un des premiers conseils que nous donnons à nos clients, et lorsqu’un silence s’établit et que nous sentons un blocage, nous n’hésitons jamais à « relancer » la conversation, à aller chercher l’autre en quelque sorte afin de l’aider à exprimer sa détresse et par là même à en sortir.

Beaucoup de boulimiques sont venues nous voir après avoir tenté un début de cure analytique, le silence immuable des analystes les ayant presque toujours découragées.

Freud a estimé qu’une psychanalyse devait se vivre dans la frustration ; ceci est certainement exact pour les hystériques, mais nous pensons, quant à nous, qu’infliger des frustrations supplémentaires à quelqu’un qui a déjà été gravement traumatisé dans son enfance ou sa jeunesse n’est pas une méthode valable pour guérir les boulimiques.

La cure analytique

Les séances sont de deux ou plus souvent trois fois par semaine, le sujet, ou « analysant », est allongé sur un divan, l’analyste est placé en arrière.

L’analysant est invité à dire librement ce qui lui passe par la tête, sans faire le tri. L’analyste intervient très peu, ce qui est extrêmement pénible, « frustrant », difficile à supporter pour l’analysant. Cette « frustration » fait partie de la cure, mais c’est précisément ce qui la rend souvent contre-indiquée pour des personnes comme les boulimiques qui n’y sont pas prêtes et qui doivent déjà faire face à d’autres frustrations. En outre les boulimiques comme les anorexiques ont souvent du mal à s’exprimer, à verbaliser ce qu’ils ressentent, c’est-à-dire à trouver « les mots pour le dire ».

Ils associent difficilement, ils rêvent peu. Sans l’aide du thérapeute qui vient à leur rencontre, ils ont l’impression de perdre leur temps, se découragent, abandonnent la cure.

Nos lecteurs comprendront d’après ce qui précède que nous ne préconisons pas dans la majorité des cas une psychanalyse pour guérir la boulimie, cependant lorsque l’on se trouve devant un cas limite (borderline) plus près de la psychose, il peut être avantageux d’avoir recours à cette méthode, tout en sachant qu’elle sera longue, difficile et coûteuse.

Le cas où l’anorexie alterne avec la boulimie est à notre avis un de ceux (souvent éminemment grave) où l’on peut tenter une cure analytique avec une chance de succès.

oui je veux guérir de la boulimie