Symbolique de l’alimentation et psychanalyse

Une des toutes premières expériences que fait le nouveau-né, c’est celle de la faim, sensation de malaise diffus, bientôt suivie de celle du bien-être procuré par le repas.

Biologiquement, la faim se manifeste par un état d’agitation, d’énervement. L’après-repas, par contraste, est un moment de quiétude (en l’absence de maladie ou de troubles digestifs bien évidemment). On le constate chez les animaux que la faim fait sortir en quête de nourriture. Une fois repus ils cherchent un endroit tranquille pour digérer en paix.

Chez le bébé, les choses sont un peu plus complexes. Quand il a faim, l’enfant crie et s’agite. Alertée, sa mère s’approche bientôt et le nourrit. Le lait tiède et sucré qui coule dans la bouche et remplit l’estomac est source de bien-être, de plaisir. Il est associé à la toute-puissance maternelle qui en est dispensatrice.

Le repas est l’occasion d’échanges affectifs mère-enfant. Le bébé mis au sec, câliné, pris dans les bras de sa mère, serré contre son corps, entend sa voix, respire son odeur. C’est un moment de bonheur où nourriture et tendresse vont de pair.

Les séquences faim – repas – bien-être vont rythmer les journées dans une répétition rassurante. L’enfant supporte plus facilement l’attente puisqu’il a expérimenté qu’après le moment pénible viendra le soulagement. Malheureusement, ces conditions idéales ne sont pas toujours réalisées. Il peut arriver que la mère, inquiète, trop désireuse de bien faire, craignant de laisser souffrir l’enfant, n’attende pas le signal et le nourrisse pour ainsi dire préventivement. Si le bébé supporte mal cette nourriture trop souvent offerte, il refuse de manger, ou vomit ce qu’on lui impose.

Si au contraire il tolère bien cette suralimentation, il prend l’habitude d’être toujours rassasié, ne connaît pas l’attente, n’apprend pas à la supporter. Il dépend trop de cette mère nourricière omniprésente, tout en développant à son égard une sourde agressivité, car il lui en veut du moindre retard, de la moindre privation.

Plus tard, cet enfant sera mal préparé à affronter les contrariétés. L’angoisse déclenche chez lui plus que chez un autre le besoin de manger pour retrouver la sécurité comme lorsqu’il se réfugiait près de sa mère. II ne peut se défaire de cette emprise qu’au prix d’un arrachement violent. De là, ces réactions de l’adolescence, où le jeune passe de la passivité à la révolte, et souvent, pour la jeune fille, de la boulimie à l’anorexie et vice versa, dans un mouvement de bascule qui ne connaît pas le juste milieu.

Dans d’autres cas, c’est l’inverse, la mère ne répond pas au signal ou n’y répond que tardivement, et mal, c’est-à-dire qu’elle prend son bébé n’importe comment, le tient comme un paquet, lui donne un biberon trop chaud ou trop froid, règle mal la tétine, elle est distraite, elle ne parle pas à l’enfant, ne répond pas à ses signes, fait autre chose en même temps. L’enfant est nourri en aliments, mais pas en tendresse. Il est inquiet, ne sachant pas ce qui va advenir, redoutant d’être laissé à l’abandon.

oui je veux guérir de la boulimie