Oppositions et rapprochements entre boulimie et anorexie

Au cours de ce chapitre, nous avons souvent opposé ces deux formes de comportement alimentaire, et cependant des points communs existent qui les rapprochent.

– Les anorexiques comme les boulimiques sont obsédées par la nourriture. Elles y pensent sans cesse, que ce soit pour se la procurer, la préparer, la manger (les boulimiques), la faire manger aux autres tout en la refusant pour elles (les anorexiques). Cette nourriture est l’objet de sentiments très ambivalents, à la fois désirée, attirante, et chargée de maléfices, considérée comme un poison qui attaque et détruit le corps de l’intérieur, et qu’il faut s’efforcer de rejeter dès que possible.

-Anorexiques et boulimiques sont également obsédées par l’image de leur corps, image à laquelle elles semblent s’identifier totalement.

Dans l’anorexie c’est le corps émacié, vide, vaincu et vainqueur, tenu en respect, donc signifiant la toute-puissance.

Dans la boulimie, c’est le corps humiliant, enlaidi, avachi qui expose à la vue de tous la défaite narcissique, l’impuissance radicale.

– Autre similitude : anorexiques et boulimiques subissent fortement l’emprise du milieu familial, emprise dont elles voudraient se dégager sans y parvenir.

Elles éprouvent à l’égard de leur mère des sentiments d’agressivité très culpabilisés.

Ces ressemblances ne doivent pas empêcher de noter tout ce qui les oppose :

– tout d’abord l’évidence : les anorexiques sont maigres. Pas seulement minces, mais maigres.

Les boulimiques sont tout au plus assez minces, mais beaucoup plus souvent rondelettes pour ne pas dire assez rondes, voire carrément obèses ;

– les anorexiques sont hyperactives. Elles multiplient les activités, les occupations, de préférence celles qui comportent un maximum de dépenses physiques.

Les boulimiques sont d’une activité modérée, certaines même plutôt passives.

Mais surtout les boulimiques sont tristes, dépressives, angoissées. Les tendances suicidaires ne sont pas rares au cours des boulimies intenses.

A l’opposé, les anorexiques semblent satisfaites de leurs performances. Elles se sentent victorieuses, ce qui explique en partie qu’elles puissent méconnaître le risque qu’elles courent. Elles ont réussi à s’affranchir des besoins corporels et cette toute-puissance face à l’esclavage du corps permet de tenir tête aux menaces dépressives.

C’est au contraire lorsqu’elles reviennent à une alimentation mieux dosée et commencent à reprendre du poids qu’elles connaissent la dépression.

Aussi certains auteurs (Russel) se demandent si la boulimie ne correspond pas à une forme dépassée de l’anorexie, alors que d’autres (Brusset) pensent que l’anorexie est une protection contre la boulimie.

Il nous semble, pour notre part, que la boulimie constitue la première réaction, la plus banale, contre l’anxiété ou la tristesse, ou la colère. C’est aussi la moins grave.

L’anorexie constitue une réaction contre la boulimie, défense plus élaborée, plus difficile à faire céder, car elle suppose ténacité, entêtement. Il existe une forme d’anomalie du comportement alimentaire qui rassemble des symptômes des deux formes opposées, celle qu’on appelle parfois maladie des vomissements, et que Marlène Bosking-White décrit aux États-Unis sous le nom de « boulimarexie * ».

Il s’agit de jeunes femmes qui ne peuvent résister au besoin de manger énormément, les « mangeuses compulsives », et qui se font vomir aussitôt après. Chaque excès alimentaire est ainsi annulé dans les minutes qui suivent.

Ces formes s’apparentent à une véritable toxicomanie. On s’adonne à la nourriture pour calmer une angoisse toujours renaissante, comme on s’adonnerait à l’alcool ou à une autre drogue, et d’ailleurs la dérive alcoolique n’est pas exceptionnelle.

C’est ici que la psychothérapie s’impose comme la seule aide pour venir à bout du cercle vicieux, pour sortir du marasme où s’enlisent ces « boulimarexiques ». Elle ne peut être que très progressive. Certains cas réagissent vite et bien, mais le plus souvent, surtout si les symptômes sont déjà anciens, il faut compter en années, car il y a des progrès, mais aussi des rechutes. Ce traitement fait pourtant la preuve d’une remarquable efficacité, à condition d’être bien mené et suivi avec constance et persévérance.

oui je veux guérir de la boulimie