Nourriture et sexualité

Les aliments sont étroitement liés à la vie affective, aux rapports familiaux et sociaux.
Par les souvenirs qu’ils évoquent, par les associations qu’ils suggèrent, ils sont les supports de toute une symbolique. Autrement dit, leur signification va au-delà de ce qu’ils sont concrètement pour atteindre un non-dit qu’ils rappellent et représentent.

Parmi ces symboles, il en est qui relèvent du fond culturel, de la tradition. Ils s’enracinent dans ce que Jung a appelé l’inconscient collectif. On les décèle dans le langage, les coutumes, l’art, les rites sociaux et religieux.
D’autres ont leur origine dans l’inconscient personnel, c’est-à-dire dans ce que chacun a emmagasiné de souvenirs enfouis, d’émotions oubliées, d’expériences affectives.

Cet inconscient envoie des messages, ou en reçoit, par l’intermédiaire de symboles. C’est ce langage codé, énigmatique, que la psychanalyse, depuis Freud, s’efforce de décrypter.
« La faim de nourriture et la faim de sexe sont profondément liées dans l’esprit humain, à tel point que de nombreuses langues ont un seul terme pour signifier « copuler » et « manger »

En français, le verbe « consommer » s’applique au mariage et à la nourriture. Les Kokoyao utilisent le mot kuta kuta pour désigner les formes extrêmes de l’acte sexuel et de la consommation alimentaire, autrement dit l’inceste et le cannibalisme. » (Ces exemples sont empruntés à La Pensée sauvage de Lévi-Strauss et cités dans le livre La Saumone de Martha J. Moïa.)

Dans le langage amoureux, nombreuses sont les expressions empruntées à la vie alimentaire : on « goûte », on « savoure » la présence de la personne aimée, on la « boit » du regard, on la « dévore » de baisers…
Les cannibales qui mangeaient leurs victimes ne pensaient-ils pas d’ailleurs s’approprier ainsi leurs qualités comme leur virilité ?

Les sexologues comme les psychanalystes ont fait le rapprochement entre les différentes formes de la sexualité orale et le besoin inconscient de nourriture : mordre et sucer le partenaire est peut-être un équivalent du fantasme de dévoration.
Il est certain en tout cas que la nourriture est souvent une compensation à la frustration sexuelle. A la campagne, ne dit-on pas que les bons coqs sont maigres…

oui je veux guérir de la boulimie