Nombre de boulimiques sont en manque…

Beaucoup de boulimiques qui sont, soit carencées sur le plan sexuel, soit insatisfaites de leur compagnon, se consolent en mangeant de façon anarchique. La faim est une sensation douloureuse qui traduit un besoin physiologique. L’organisme doit reconstituer ses apports nutritifs et déclenche dans ce but une série de mécanismes d’alerte. L’appétit, lui, consiste surtout en l’attente d’un plaisir escompté, d’une satisfaction alimentaire où les souvenirs et les associations mentales jouent un rôle essentiel. En fait la distinction n’est pas toujours facile, ni dans le langage, ni dans les faits.

La faim ne devient pénible qu’après un délai, mais son apparition n’est pas forcément désagréable. L’expression « je meurs de faim » peut avoir une tonalité euphorique, lorsqu’on entrevoit une satisfaction prochaine. On sait qu’elle peut exprimer une souffrance torturante. Dans les années 30 un roman de Knut Hansum avait pour titre La Faim : son unique sujet était cette faim lancinante, obsédante, vécue par un adulte privé de ressources. Depuis, bien des événements douloureux nous ont familiarisés avec ce type de souffrance, et, plus encore que les récits, l’impact des images est bouleversant.

Il faut d’ailleurs noter que la sensation de faim n’est pas forcément le reflet des besoins réels : la fatigue, l’épuisement, un effort physique intense peuvent l’atténuer ou la supprimer, de même qu’un jeûne prolongé, ou encore une préoccupation importante, une émotion désagréable. A l’inverse la faim est renforcée ou stimulée au-delà des besoins nutritionnels par toute une série de circonstances telles que les habitudes alimentaires, les facilités d’une société de consommation ou les associations mentales individuelles ou collectives.

L’appétit est sollicité par la vue, les odeurs, les saveurs où viennent jouer toute une gamme affective de souvenirs, de représentations prometteuses. Il n’est pas jusqu’à la description ou l’appellation des mets qui ne puisse intervenir : les menus des restaurateurs se veulent alléchants et certains chefs vont jusqu’à l’envolée lyrique et poétique. C’est ainsi qu’au rustique fricandeau à l’oseille cher au commissaire Maigret, ou au traditionnel vol-au-vent de nos grand-mères, on préfère aujourd’hui le « pigeon de Bresse à la vapeur des garrigues » ou les « pigeonneaux grillés fondant de tendresse sur des pommes forestières ». Le simple melon devient un « melon de Provence gorgé de soleil sur son lit de neige ».

Le déclenchement de la faim ou de l’appétit, puisqu’il est souvent difficile de les dissocier, semble obéir à des règles variables selon les individus. Pour certains, on a l’impression qu’il s’agit de réflexes conditionnés : l’horaire, la cloche, telle habitude sociale fonctionnent comme un signal. Pour d’autres c’est l’intervalle ou l’importance du repas précédent qui jouera.

Pour quelques gros mangeurs, il en va différemment : ils peuvent différer un repas, ou le supprimer sans se sentir incommodés, mais dès qu’ils sont à table leur appétit est ouvert et fonctionne allègrement.

oui je veux guérir de la boulimie