Les médicaments dans le traitement de la boulimie

Ils constituent souvent une aide indispensable, surtout au début, lorsqu’il faut rompre avec un rythme alimentaire, avec un système de défense auquel le sujet s’était habitué. Il s’agit d’un véritable « sevrage », que les médicaments visent à rendre moins pénible.

On utilise les sédatifs, les anxiolytiques, à doses modérées, pour apaiser, calmer l’anxiété.

On donne aussi des médicaments d’appoint, de suppléance : vitamines, sels minéraux.

On expérimente actuellement une nouvelle molécule, l’isoméride, dont l’effet serait de supprimer l’attirance pour les aliments sucrés. On sait que le choix des boulimiques se porte de préférence vers ce qui est sucré. Le sucre, par l’intermédiaire de la sérotonine, semble exercer une action anti-stress. L’isoméride aurait le même effet sérotoninergique que le sucre, et par conséquent éviterait d’y recourir.

Ces médicaments, d’autres encore, ont une incontestable utilité, toutefois leur aide ne peut être indéfiniment prolongée. Le moment arrive où il faut pouvoir s’en passer.

Parmi certains produits pharmaceutiques, qui ont pu être préconisés dans les traitements des obésités, on sait qu’il en est de nocifs, ou d’inutiles, tels les amphétamines, les anorexigènes — coupe-faim). Outre qu’ils énervent et majorent l’anxiété, ils sont suivis, lorsqu’on les supprime, d’un effet rebond, c’est-à-dire d’une augmentation de l’appétit.

Les diurétiques ne font pas maigrir, mais ils ont pour inconvénient d’entraîner une déperdition du potassium très préjudiciable à l’organisme. Il en est de même des laxatifs qui de plus engendrent des colites. Quant aux extraits thyroïdiens, ils ont pour effet de faire fondre les muscles plus vite que les graisses, et ne sont pas sans danger pour le cœur.

On arrive ainsi à la constatation que les médicaments ne sont qu’un appoint, ils ne peuvent régler à eux seuls les problèmes de l’appétit, de la faim, et de leur retentissement sur le corps, son volume, son aspect.

Il faut donc en venir directement à L’alimentation, en quantité, en qualité., dans ses modalités, sa répartition dans le temps. C’est le chapitre diététique.

Diététique

En ce qui concerne la normalisation du poids, les règles en sont maintenant bien connues et parfaitement codifiées, il faut seulement les adapter à chaque cas en ajustant au mieux les prescriptions tout au long du traitement.

Les personnes qui souffrent d’un excès de poids ou qui en éprouvent la menace connaissent à peu près la règle du jeu.

Il est cependant utile de leur en exposer les détails, ne serait-ce que pour les mettre en garde contre certaines erreurs, contre des régimes fantaisistes dont le côté inédit ou surprenant constitue le principal attrait.

Les gros mangeurs sont, on le sait, toujours à l’affût de recettes miraculeuses, la garantie de succès qu’on leur fait miroiter comme appât ranime leur courage et donne un nouvel élan à leurs résolutions, élan malheureusement fugace.

Parmi les soi-disant innovations diététiques proposées chaque année (surtout pendant les mois d’été), beaucoup ne sont que de nouvelles moutures de recettes éprouvées mais d’autres, plus audacieuses, ne respectent pas les équilibres biologiques indispensables ; elles peuvent, surtout si elles sont prolongées, avoir des effets désastreux. Certaines constituent même de véritables défis au bon sens et sont franchement dangereuses.

Il n’est pas dans notre propos de reprendre l’exposé du traitement des obésités et des surcharges pondérales. Il a fait l’objet de nombreuses publications.

Nous avons insisté à plusieurs reprises sur le fait que le traitement de la boulimie n’était pas celui du surpoids, ce dernier n’en constituant qu’un aspect, et non le plus important. Il n’est ni toujours nécessaire, puisqu’il n’y a pas toujours excès de poids, ni à coup sûr suffisant, puisque l’aspect psychologique le dépasse de loin.

Nous voudrions seulement mettre l’accent sur quelques modalités de la diététique dans le cas particulier de la boulimie.

Les règles de base obéissent à deux principes :

1) réduire l’apport calorique global, tout en couvrant les besoins en divers éléments indispensables (vitamines, sels minéraux, acides aminés, etc.),

2) respecter un certain nombre d’équilibres (répartition en glucides, protides, lipides, rapport calcium-sodium, ou sodium-potassium, etc.).

Ces principes étant retenus, on évalue les quantités d’aliments autorisées quotidiennement en fonction des besoins, compte tenu du poids, du genre de vie et naturellement de la perte de poids souhaitée.

Les restrictions portent surtout sur les graisses et les sucres, qui sont rigoureusement contingentés dans les régimes sévères.

Les viandes, poissons, légumes verts sont autorisés de façon plus libérale à condition qu’ils soient préparés sans matières grasses.

Mais chaque régime doit être personnalisé, adapté aux goûts, aux habitudes, aux contraintes sociales telles que les horaires de travail, les déplacements, l’obligation d’avoir recours à la cantine ou au restaurant.

Un régime trop difficile à suivre serait vite abandonné. Trop frustrant, il risquerait d’être entrecoupé d’accès d’hyperphagie compensatrice. En matière de boulimie, plus encore que pour une simple surcharge pondérale, il faut s’appuyer sur la durée. Seul le temps permettra de fixer les nouveaux comportements.

Parmi les différents types de régime qui sont proposés, deux tendances s’opposent : l’une cherche à simplifier, à libérer le sujet des soucis liés aux repas, à l’alimentation : menus calculés et élaborés à l’avance, rations dosées pour un repas, préparations ne demandant qu’un minimum de temps pour être prêtes à l’utilisation.

Une présentation aussi agréable que possible, un choix judicieux d’aromates s’efforce de pallier, autant que faire se peut, les insuffisances gastronomiques, et même de préserver une partie du plaisir normalement attendu.

L’autre tendance vise à occuper l’esprit, à solliciter l’attention, à mobiliser le sujet vers le but envisagé. Les recettes sont variées, elles exigent parfois une préparation soignée ; des réunions sont prévues pour échanger, entre compagnons d’infortune, les renseignements, les bonnes adresses, pour comparer les mérites de tel mode de cuisson, de tel condiment. On en arrive ainsi à remplacer les aliments par un discours sur les aliments, une rêverie sur les aliments.

C’est un peu la manière de faire de certaines anorexiques qui passent beaucoup de temps à imaginer, combiner, préparer des menus qu’elles obligent leur entourage à déguster, comme si elles mangeaient ainsi par procuration, ce qu’elles se refusent.

Cette dernière méthode ne doit pas être préconisée pour les boulimiques, car elle risque de renforcer leur polarisation sur la nourriture, de les envoyer inlassablement à ce qui est leur obsession, au lieu de les aider à s’en dégager. Le système des rations individuelles préparées à l’avance semble préférable, même s’il est plus onéreux.

Les boulimiques demandent parfois à être hospitalisés pour inaugurer leur traitement par le régime le plus restrictif : la diète protidique, dont ils attendent une perte de poids rapide et spectaculaire. Ce qu’ils recherchent surtout, consciemment ou inconsciemment, c’est Un maternage qui les soustraira à l’angoisse du désir, de la tentation.

Il ne faut pas oublier que la boulimie est une maladie de la société d’abondance et de consommation, qui se manifeste lorsque le choix est possible. On l’a baptisée toxicomanie sans drogue. Sans drogue, pas de drogué, et sans aliments disponibles, pas de boulimiques. D’ailleurs certains patients signalent le contraste qui s’établit selon qu’il y a ou non impossibilité de manger.
L’impossibilité matérielle, en supprimant la décision, amène une sédation de l’angoisse.

Mais même en tenant compte de ces données, les boulimiques ne relèvent pas de l’hospitalisation, sauf si le médecin pense qu’il y a avantage à réaliser une séparation immédiate du milieu familial, en cas de conflit aigu, par exemple, ou bien si c’est un moyen de prévenir une éventuelle tentative de suicide chez une grande angoissée qui parle d’en finir et qui peut passer à l’acte.

Plus indiquées sont les prises en charge de durée limitée dans un milieu spécialisé comme il en existe beaucoup.

Situés le plus souvent dans des lieux touristiques, des villes d’eaux, ces centres de traitement proposent des séjours de une, deux ou trois semaines pendant lesquels les curistes sont éloignés de leurs préoccupations habituelles, leurs loisirs sont organisés, leur emploi du temps bien rempli ; ils bénéficient non seulement d’un régime adéquat, mais encore d’entretiens avec le médecin, le psychologue, les diététiciens, les moniteurs d’exercices de gymnastique ou de relaxation, de séances de groupe.

Les résultats sont en général excellents à court terme, mais ils demandent à être consolidés par un traitement poursuivi pendant une durée bien supérieure à celle de la cure proprement dite. Celle-ci aura eu du moins un effet de démarrage et d’encouragement.

Puisque le traitement de la boulimie doit se prolonger pendant plusieurs mois, il importe de laisser quelques soupapes de sécurité. Il peut être convenu qu’à l’occasion d’une fête, d’une réunion de famille, ou d’amis, on ne sera pas trop rigoriste, à charge de compenser la veille et surtout le lendemain par un regain de vigilance. Ceci pour déculpabiliser, éviter le surcroît d’anxiété générateur de nouveaux écarts.

Les médecins sont opposés à cette tolérance, tout en admettant que, tolérance ou pas, les malades se passent de leur autorisation ; alors, autant supprimer la culpabilité et donner au sujet l’impression qu’il s’autonomise, qu’il devient capable de régler lui-même ce qu’il peut manger.

Ce qu’il faut surtout éviter, c’est l’abandon pur et simple par découragement.

Par ailleurs, il faut se garder de tomber dans le piège tendu involontairement par les boulimiques : leur infantilisation. S’il est vrai qu’un certain degré d’autorité et même de maternage peut faciliter la mise en route du traitement, le but poursuivi est tout de même de favoriser un comportement d’adulte, une responsabilité personnelle permettant l’autonomie.

oui je veux guérir de la boulimie