Les enfants, le père et la femme face à l’alimentation

Les enfants qui ont connu de façon prolongée ces conditions d’élevage présentent un syndrome connu sous le nom « d’abandonnisme », ou syndrome d’abandon. Par la suite, ils sont facilement angoissés, manquent de confiance en eux, ont toujours besoin de se faire confirmer qu’on les aime. La mère n’est pas toujours responsable de ce qui est vécu par l’enfant comme une menace d’abandon. Il existe bien certainement des mères indifférentes que l’enfant dérange ou qui lui en préfèrent un autre. Mais la cause en est souvent tout autre : fatigue, surmenage, manque de temps, soucis, préoccupations, maladie.

Parfois aussi c’est l’enfant lui-même qui est malade, il peut avoir alors l’impression que ses appels ne sont pas entendus, à plus forte raison si ses parents sont obligés de le laisser quelques jours à l’hôpital ou dans une clinique.
Pour ces « abandonniques » toujours en quête de réconfort, la nourriture peut être une satisfaction de remplacement, fût-elle partielle, fugitive. Ils mangent souvent en cachette, trop vite, comme s’ils dérobaient quelque chose à une marâtre qui voudrait les en priver.

Dans d’autres cas, la mère ne répond pas aux signaux du bébé, sinon d’une manière anarchique, trop tôt ou trop tard. Privé de repères, renonçant à se faire entendre, l’enfant ne fait pas le lien appel-réponse, nourriture-affection. La sensation reste isolée, sorte de satisfaction solitaire qui n’invite ni à l’échange, ni à la communication.
On le voit, la nourriture est étroitement liée à la fonction maternelle, dispensatrice de vie, de satisfaction, d’amour. Cette liaison entre alimentation et toute-puissance maternelle est d’ailleurs bien connue puisqu’on l’utilise pour apprivoiser et dresser les animaux.

Et le père, dira-t-on ? Il faut remarquer qu’à ce stade très précoce de la vie qu’est celui de nourrisson, le père n’a pas un rôle bien distinct de celui de la mère, avec laquelle il partage la fonction de subvenir aux besoins. C’est un père maternant. Ce n’est que plus tard, vers deux ou trois ans, que le père se dessine avec une image distincte, masculine, plus rude que l’image maternelle, mais aussi plus forte.

A la mère semble dévolue la protection rapprochée : soins domestiques et tendresse consolatrice. Au père, la protection plus étendue, qui s’exerce vis-à-vis de l’extérieur, forçe rassurante.
Ceci nous amène à faire allusion à un autre symbolisme qui, sans être celui des aliments, leur est cependant étroitement lié. C’est celui du corps que la nourriture contribue à édifier et façonner. Perçu de l’intérieur, le schéma corporel devient image représentative de la personnalité.

Pour tous, minceur est symbole de jeunesse. Pour la femme, elle signifie aussi séduction, grâce et fragilité.
Une jeune fille qui trouve sa mère trop faible, trop désarmée, peut envier la force paternelle. Un corps massif semble imposer sa présence et peut inciter inconsciemment à se forger en mangeant une stature qui en impose.
Ce n’est en général pas l’intéressée qui se plaint de l’excès de poids, c’est plutôt la mère ou l’entourage qui veut la persuader de se rationner et la conduit au cabinet de consultation.

Un argument peut alors obtenir l’adhésion : la proposition de remplacer la graisse par du muscle : sports de compétition, exercice physique intensif, gymnastique peuvent en effet procurer l’impression de force recherchée.
A l’opposé, il arrive que ce soit le gros corps de la mère qui devienne objet d’aversion ; une mère que l’âge a épaissie, qui semble vouée aux travaux de ménage, et qui, de surcroît, se trouve souvent en conflit avec sa fille dissuade de toute ressemblance. Il faut éviter de grossir, donc de manger. La nourriture devient l’ennemie, à travers l’image du corps qu’elle contribue à former. Telle est la racine de bien des anorexies de la jeune fille.

oui je veux guérir de la boulimie