La part de l’aide psychologique dans le traitement de la boulimie

Celle-ci est décisive. Elle peut prendre des formes variées mais elle doit toujours être présente. Il est quelquefois difficile de la faire admettre, surtout quand elle prend la forme d’entretiens psychothérapiques s’étalant sur des mois, voire des années, et surtout aussi lorsqu’il s’agit d’une adolescente.

Les familles voient la maladie sous l’angle du « trop-manger » et de l’excès de poids qui en résulte.

Les troubles du caractère, la morosité, l’apathie, les sautes d’humeur sont mis sur le compte des modifications de la morphologie. Envisager une psychothérapie paraît excessif, voire désobligeant. En admettant que le principe en soit accepté, il faudra compter, au fil des jours, avec l’opposition déclarée ou feutrée de la mère qui parfois tolère mal l’intrusion d’un tiers dans la relation privilégiée qu’elle a avec sa fille, qui redoute de voir cette relation se distendre quelque peu. On est donc amené à doser avec prudence les divers modes de psychothérapies qui peuvent être proposés.

Ces psychothérapies sont principalement :

– Les diverses psychothérapies de soutien.
– Les thérapies de groupe.
– Les psychothérapies familiales.
– La psychothérapie d’inspiration psychanalytique (P . I .P .).
– La cure analytique (ou psychanalyse).

Les psychothérapies de soutien

C’est l’aide la plus simple, celle qui est toujours indispensable au départ. Elle s’efforce de stimuler, convaincre, elle prend le relais de la volonté vacillante, elle va tendre à remplacer les satisfactions alimentaires par d’autres satisfactions affectives. Elle aidera la boulimique à s’orienter vers d’autres modes de vie ou de relations, tout particulièrement vers des activités de groupe, selon ses goûts, ses possibilités, ses affinités.

Le soutien psychologique n’est pas réservé aux seuls professionnels de la psychothérapie. Dans l’entourage, diverses personnes peuvent y participer, le médecin, la diététicienne, une tante ou une marraine, une monitrice de sport ou de relaxation, parfois une amie. Il faut que le courant passe bien, c’est-à-dire que l’échange affectif soit positif. Il faut aussi, c’est l’évidence, que la personne qui « soutient » possède un bon équilibre, une maturité suffisante, une humeur plutôt tonique. Il ne s’agit pas de compatir, de s’apitoyer, ni de distribuer avis et conseils, ni de se placer sur le terrain dangereux de la demande : « fais-moi plaisir », ce qui sous-entend : « si tu ne le fais pas, tu me feras de la peine ». Il faut plutôt aller dans le sens de : « fais-le parce que cela te fera plaisir, parce que c’est ton intérêt ».

Cette relation est évidemment quelque peu directive et interventionniste. En cela elle se distingue de la neutralité exigée du thérapeute en cure analytique ou d’inspiration analytique. C’est la raison qui fait qu’il y a souvent intérêt à se partager les rôles, les personnes qui ont pris une attitude de compréhension et d’encouragement ne peuvent passer tout à coup à celle de neutralité bienveillante. Ce changement d’attitude serait d’ailleurs mal perçu par leur patient, ou client, et non sans grave inconvénient lorsqu’on sait à quel point les boulimiques sont des abandonniques qui redoutent d’être rejetées, ou qui se sentent perpétuellement rejetées.

Lorsque la nécessité se fait sentir d’une action plus en profondeur et que le boulimique est prêt à entreprendre ce travail, il convient alors, bien souvent, de le diriger vers un autre thérapeute, de préférence une femme ainsi que nous y reviendrons. La personne qui a assumé le « soutien » psychologique continue à remplir son rôle, de loin en loin. Elle prend de la distance sans changer de ton ni d’attitude.

Entre la psychothérapie de soutien et les psychothérapies d’inspiration analytique, il faut mentionner :

Les psychothérapies de groupe

Il s’agit ici non pas des activités de groupe, déjà évoquées, groupes sportifs ou artistiques, mais de groupes thérapeutiques proprement dits, placés sous la direction d’un ou de plusieurs (deux ou trois) thérapeutes formés spécialement.

Parmi ces thérapeutiques il faut faire une place à part au psychodrame. Cette forme particulière de thérapeutique est souvent préconisée dans le traitement de l’anorexie mentale et des boulimies. Il s’agit de permettre aux personnes atteintes de ces maladies, souvent des adolescentes, qui ne savent pas dire ce qu’elles éprouvent de le mimer, de l’exprimer à travers des scènes qui reproduisent des situations typiques.

Les psychothérapies familiales

Elles sont proposées, elles aussi, lorsque le boulimique ou l’anorexique est un adolescent, et se justifient par le fait que la manière de s’alimenter ou de ne pas s’alimenter du jeune malade est ressentie très vivement par les parents, si bien que c’est la manière de se nourrir qui devient le langage codé à travers lequel s’expriment les relations affectives.

Le thérapeute suit en même temps, tantôt dans des séances séparées, tantôt dans des séances communes, le jeune sujet et les parents, ou seulement la mère. Ces thérapies familiales sont délicates à conduire et demandent à être maniées par des personnes très expérimentées, car le risque est de mettre au jour des conflits soigneusement colmatés jusque-là.

Lorsque la boulimie évolue depuis un certain temps, lorsqu’elle a résisté aux premières tentatives de traitement, il faut de toute évidence faire appel à un travail de plus longue haleine, qui mobilise les couches plus profondes de l’inconscient.

Les deux modalités en sont la cure analytique ou psychanalyse, et la psychothérapie d’inspiration analytique, moins longue, dans laquelle les entretiens sont plus espacés : un par semaine, exceptionnellement deux par semaine, en face à face.

oui je veux guérir de la boulimie