La maladie des vomissements

Remplir ou laisser vide, disions-nous à propos de l’anorexie. On peut aussi remplir et vider aussitôt : c’est la maladie des vomissements, dite aussi maladie des vomissements et des laxatifs, qui combine les effets néfastes de la boulimie et de l’anorexie.

Le premier vomissement est parfois l’effet du hasard après une crise de boulimie particulièrement intense. Ou bien il a été provoqué pour obtenir un soulagement. Très vite il devient une habitude, et certains boulimiques se font ainsi vomir après chaque ingestion alimentaire.

Ces vomissements peuvent en effet apparaître comme la solution qui permet d’annuler la « faute » : finie la pesanteur, envolées les calories en excédent, on remplit, on vide, et la page est tournée.

Malheuieusement on arrive à un état très semblable à celui de l’anorexie mentale, mais dans lequel les équilibres biologiques sont encore plus perturbés, d’autant plus que pour faire bonne mesure, les malades prennent aussi des laxatifs, parfois aussi des diurétiques, ce qui entraîne de fortes pertes en potassium.

Le traitement est d’autant plus difficile qu’on se trouve devant un circuit fermé. La boucle est bouclée, il n’y a plus de place pour la faille où pourrait s’insinuer la demande de guérison. La dénutrition entraîne aussi un état de « vide cérébral », un psychisme flou, cotonneux, avec perte de contact avec la réalité. La vie sociale et professionnelle est difficilement maintenue.

Quand nous disons qu’il n’y a plus de place pour le manque, pour la demande de guérison, il s’agit des cas les plus graves. Car il existe tout de même une souffrance, et beaucoup de ces malades voudraient échapper à ce cycle terriblement angoissant. Nous avons vu des guérisons, mais il faut, de la part des malades, un désir réel de s’en sortir et de la part des médecins et des thérapeutes beaucoup de patience, d’expérience, d’énergie communicative.

Ajoutons que ces vomissements se font surtout en cachette mais aussi parfois dans des endroits symboliques : placards, lavabo de la salle de bains des parents, ce qui est une façon déguisée d’attirer l’attention et peut être aussi un appel au secours inconscient.

Quant à la fréquence des vomissements, elle est difficilement imaginable pour qui n’a pas été confronté à ce problème.

Nous ne citerons que le cas, moins extrême qu’on ne pourrait le penser, d’une jeune boulimique de vingt ans que nous avons suivie et qui arrivait à se faire vomir jusqu’à seize fois par jour !

Inutile de dire qu’un tel comportement implique obligatoirement une désocialisation.

oui je veux guérir de la boulimie