Influence de la personnalité et du sexe du thérapeute dans le traitement de la boulimie

La question peut se poser pour n’importe quel cas, mais vis-à-vis de la boulimie, c’est-à-dire dans une maladie où la relation mère-fille, avec son relais mère-nourriture, est au noeud du problème, il semble plus indiqué de choisir une femme.

Ce n’est pas forcément l’avis de l’intéressée : une de nos malades nous disait : « Je n’ai pas tellement envie de commencer une thérapie avec vous, je vais retrouver mes éternels problèmes avec ma mère, tandis qu’avec un homme, ce serait plus amusant. »

Plus amusant, c’est possible, mais pas aussi efficace, car ce que recherchait très ouvertement cette jeune personne, c’était le jeu de la séduction, jeu qui avait déjà été conduit par un médecin au cours d’un traitement précédent, dans l’espoir probablement de susciter chez sa cliente des motivations, des intérêts autres que ceux de la nourriture.

Pourtant cette manière de faire n’est pas à encourager. En admettant qu’elle semble obtenir quelques résultats, ceux-ci sont éphémères. Ils ne correspondent qu’à un jeu superficiel, sans engagement : la situation n’évolue pas.

La simple relation de dépendance est, elle aussi, contraire à l’esprit du traitement.

La boulimique est déjà trop dépendante de sa mère, même si c’est pour lui faire des reproches.

Le nourrisson n’a de relation qu’avec sa mère, dont il dépend étroitement. La boulimique conserve cette relation à deux, elle reste collée à sa mère, donc collée à la nourriture qui la remplace.

Lorsque l’enfant grandit, cette relation à deux devient une relation à trois, en triangle, parce que l’enfant découvre son père.

Son père, ce n’est pas une simple réplique, duplication de la mère, il est ce que Françoise Dolto appelle : « l’Autre de la Mère ». Ce triangle permet à chacun de prendre du champ, il crée un espace. La thérapeute elle aussi va créer un espace. Elle a un « Autre » dans sa vie, ne serait-ce que son métier, cet « autre » introduit quelque distance. Il est donc possible de lui dire des choses qu’on n’oserait pas dire à sa mère, ni à son père. Si la patiente reporte sur la thérapeute les sentiments qu’elle éprouve inconsciemment à l’égard de sa mère, c’est sans danger, puisque limité au cadre de la thérapie. Il devient ainsi possible d’explorer certaines zones de l’inconscient sans aggraver les tensions, sans créer de l’irréparable.

Ce travail est nécessairement lent, progressif, souvent coupé de crises, de retours en arrière, mais en fin de compte toujours bénéfique pour ceux et celles qui le poursuivent avec courage jusqu’à ce qu’ils sentent qu’ils ont acquis une plus grande maturité affective.

Les résultats obtenus ne sont pas limités à la boulimie, mais se traduisent dans tout le comportement.

oui je veux guérir de la boulimie