Comment traiter la boulimie ?

Les considérations qui précèdent peuvent et doivent trouver des applications lorsqu’on aborde le chapitre de la thérapeutique. Ce sont d’ailleurs précisément les difficultés rencontrées au cours des traitements entrepris qui ont été à l’origine des investigations psychologiques. Mieux comprendre les boulimiques devait permettre de les aider plus efficacement.

Malheureusement, la boulimie est aussi difficile à guérir qu’elle est facile à diagnostiquer. Même si les boulimiques ont une tendance bien compréhensible à dissimuler ce qu’ils (et surtout elles) considèrent comme une faiblesse honteuse, ils ont en général un tel désir de s’en sortir, un tel besoin d’aide, qu’ils se confient volontiers dès lors qu’ils s’adressent au thérapeute. Ils éprouvent même un véritable soulagement à parler de leur maladie, ils racontent par le menu leurs incartades alimentaires en insistant sur leur côté outrancier et même choquant ou déplaisant.

Défoulement, autopunition, provocation ? Dès qu’ils sont sur la voie des confidences, on n’a aucun mal à connaître leurs symptômes. En même temps, ils conviennent aisément du caractère aberrant, incompréhensible, de leur comportement qu’ils désavouent. Leur appréciation des faits est lucide, leur désir de guérir sincère, il y a longtemps qu’ils ont fait leur diagnostic. Le médecin n’a qu’à le confirmer, tout en cherchant, en vain le plus souvent, si quelque lésion, quelque trouble métabolique pourrait être à l’origine de cette pathologie.

A partir de là, tout devrait être simple : quelques prescriptions et conseils suivis avec persévérance seraient suivis d’une amélioration, d’une guérison. Malheureusement l’expérience contredit ce tableau rassurant, en multipliant les échecs.

D’où le foisonnement des publications : recherches, méthodes préconisées, traitements adjuvants.

De cette abondante littérature, deux idées semblent pouvoir être dégagées : tout d’abord la guérison d’une boulimie demande du temps. Exception faite pour les petites boulimies épisodiques, réactionnelles, survenant à l’occasion d’une déception, d’un conflit latent, qui peuvent céder assez vite, la plupart des boulimies installées depuis un an et plus demandent au moins deux ans pour guérir.

La deuxième idée directrice est la nécessité d’une approche globale de la maladie. Il ne faut pas hésiter à multiplier les moyens thérapeutiques, à attaquer en quelque sorte sur tous les fronts.

Les premiers succès obtenus renforcent la dynamique de mobilisation et favorisent les remaniements psychologiques, l’échec au contraire est facteur de découragement, d’abandon, donc d’aggravation.

Faut-il traiter une boulimie discrète, récente ? Ne pourrait-on penser que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes, qu’une intervention intempestive peut se révéler nuisible. Après tout, si la boulimie permet de traverser une crise d’adolescence, de surmonter une déception, n’est-ce pas un moindre mal et faut-il vraiment se préoccuper d’un symptôme aussi banal.

La réponse est oui, sans hésitation. Un symptôme est fait pour attirer l’attention, il traduit un malaise ; autant agir avant que le comportement soit fixé dans les habitudes, avant que la boulimie se complique des réactions en chaîne bien connues : culpabilité, isolement, sentiment de honte, de dévalorisation.

Certes il n’est pas toujours nécessaire de mettre en batterie l’arsenal complet des thérapeutiques.

L’abord psychologique est toujours indispensable, mais on ne fera pas forcément appel à l’artillerie lourde des psychothérapies, il arrive qu’un bon résultat, assez rapidement obtenu, supprime la demande. Le boulimique se sent, se dit guéri, et n’est pas disposé à poursuivre les entretiens psychothérapeutiques. Le thérapeute ne peut que s’incliner, même s’il est moins convaincu que son patient. Il faut se dire que la voie reste ouverte pour une reprise ultérieure en cas de récidive.

De toute façon, la coopération du « malade » est un élément indispensable du traitement. Il faut s’en assurer, tout particulièrement lorsque le boulimique est adressé au médecin par une personne de l’entourage, le plus souvent la mère quand il s’agit d’un adolescent, parfois aussi le mari, ou même les enfants, la fille surtout, quand il s’agit d’une boulimie avec obésité survenant vers la quarantaine.

Une cause de malentendu est aussi celle de la surcharge pondérale, des « kilos en trop ». Bien des boulimiques viennent surtout pour perdre du poids, non pour modifier durablement leurs habitudes alimentaires. Ils sont prêts à accepter les contraintes d’un régime de restrictions à condition d’être débarrassés au plus vite de ces encombrants kilos, et de pouvoir alors revenir à l’insouciance du mangeur sans complexes.

Ce qu’ils demandent en fait c’est un traitement de l’obésité, non un traitement de la boulimie. Il convient de leur faire saisir la différence. Il est relativement facile de perdre du poids, beaucoup plus difficile de ne pas en reprendre plus ou moins rapidement. Le traitement amaigrissant est presque infaillible quand il est suivi et appliqué correctement, et pourtant les résultats à long ou moyen terme en sont des plus décevants.

En ce qui concerne les boulimiques, les critères de guérison ne portent pas sur le poids, puisque aussi bien beaucoup d’entre eux ne sont ni obèses ni même trop gros.

On peut être satisfait des résultats lorsque le comportement alimentaire s’est normalisé, qu’il est adopté sans angoisse, n’est plus au centre des préoccupations (ce qui suppose évidemment qu’il n’y a ni anorexie ni vomissements), lorsque le comportement relationnel est assoupli et facilité, lorsque l’humeur est stable, lorsque le sujet fait preuve d’un dynamisme normal et que lui-même éprouve subjectivement qu’il va bien.

La mise en oeuvre du traitement comportera plusieurs étapes.

La première étape est celle du bilan clinique, complété au besoin par des explorations diverses tels examens de laboratoire, radio ou échographies, examen gynécologique : il faut s’assurer qu’il n’existe pas de cause lésionnelle ou fonctionnelle des modifications de l’appétit, causes qui devraient alors être traitées directement. Le cas n’est pas fréquent. Il faut aussi dépister d’autres troubles dont la présence constituerait une contre-indication à tel ou tel traitement envisagé, ou qui demanderait à être abordé en priorité.

La deuxième étape est celle du bilan psychologique, par un entretien complété si on le juge utile par des tests tels que nous les avons décrits précédemment.

Après quoi, le médecin prescrit la thérapeutique préconisée, variable avec chaque cas, mais qui peut se regrouper sous les rubriques suivantes :

– les médicaments,
– la diététique,
– la thérapie comportementale ou rééducation des habitudes et du comportement alimentaire,
– l’hygiène de vie, sport, relaxation, etc.
– l’aide psychologique.

oui je veux guérir de la boulimie