Comment devient-on anorexique et quelles en sont les causes ?

Cette question a déjà fait couler beaucoup d’encre, et continue de susciter les commentaires.

N’est pas anorexique qui veut, car il faut arriver à surmonter la sensation de faim, et certaines sont trop dépendantes de leur appétit ou de leur gourmandise pour se priver constamment de nourriture. Pour d’autres, toutefois, la restriction alimentaire s’établit, peu à peu, à l’insu généralement de l’entourage qui remarque seulement que la jeune fille ne mange plus de pommes de terre, de pain, puis de viande, etc., et ceci sous des prétextes variés, en exigeant souvent des régimes particuliers.

Alors peu à peu les rondeurs s’envolent, le poids diminue, les règles se font rares, puis disparaissent complètement, et tout le tableau précédemment décrit se met en place.

La jeune fille autrefois docile change de caractère, devient solitaire et opposante, perd ses amis, n’a pas de relation amoureuse ; elle reste par contre hyperactive, fait du sport, de la gymnastique, de la danse, s’impose des emplois du temps draconiens en se levant aux aurores et en s’activant sans cesse.

Certaines font de la cuisine pour les autres avec passion, mais refusent d’en manger, même d’y goûter, et si par hasard elles succombent, alors se font vomir, prennent des laxatifs ou des lavements pour se débarrasser de cette nourriture qui les obsède et qui leur fait horreur, bien qu’elles la désirent inconsciemment et y pensent sans arrêt.

Mais pourquoi donc alors ce comportement tellement contradictoire et quelles en sont les causes ?

A vrai dire, elles sont multiples et les psychanalystes ne cessent d’en trouver, aussi nous ne ferons que les résumer brièvement.

Tout d’abord le fantasme de toute-puissance les incite à dominer leur corps pour devenir en quelque sorte désincarnée, avec une ligne encore plus filiforme que celle des mannequins les plus stylisés.

Par ailleurs, cette maîtrise de leur corps leur procure un sentiment complexe de plaisir : érotisation de la faim et en même temps satisfaction de manipuler tout leur entourage : famille, médecin, psychologue, etc.

Il s’agit enfin d’une conduite suicidaire inconsciente : la plupart ne se rendent pas vraiment compte des risques mortels qu’elles courent en agissant de la sorte.

Ajoutons que la relation avec leur mère est généralement très perturbée chez les anorexiques.

Cette relation est cependant essentielle à la jeune fille qui pour se construire et accepter sa féminité doit pouvoir au moment de son adolescence s’identifier à une image mère valorisante et sécurisante, puis plus tard s’en détacher lorsqu’elle devient femme elle-même : malheureusement ce processus ne se passe jamais bien pour les anorexiques, soit que la mère soit trop présente, soit qu’elle soit trop froide, indifférente, ou perçue plus comme une rivale que comme une mère.

Ne pouvant malgré tout rejeter leur mère dont elles sont généralement très dépendantes (certaines lui téléphonent cinq à six fois par jour), elles rejettent la nourriture qui est dans l’inconscient un symbole mère par excellence ; le lait maternel n’est-il pas le premier et indispensable aliment ?

Mais comme elles ressentent obligatoirement avec culpabilité leur agressivité envers leur mère, elles se punissent en ne mangeant plus et ainsi le cercle est bouclé : dépendance, hostilité, culpabilité, anorexie.

Le Pr Michaux signalait avoir plusieurs fois rencontré le cas de jeunes anorexiques dont les parents, simples ouvriers ou cultivateurs, s’étaient comme l’on dit « saignés aux quatre veines » pour donner à leur fille une instruction et un niveau de vie supérieurs au leur, mais leur fille ensuite n’était plus sur la « même longueur d’onde que ses parents » et souffrait que ceux-ci soient moins cultivés et moins évolués qu’elle ; alors, ne pouvant les rejeter, elle refusait la nourriture, symbole des agapes familiales qu’elle jugeait vulgaires et où elle se sentait étrangère.

Nous avons précédemment évoqué le traitement de l’anorexie qui est particulièrement long et difficile, c’est pourquoi nous indiquerons pour terminer seulement deux règles fondamentales, à savoir :

éloigner l’anorexique de sa famille pour le temps nécessaire à la reprise de poids. Même dans les cas traités « en ambulatoire », c’est-à-dire sans hospitalisation, il faut maintenir la séparation pendant un certain temps ;

l’aider et la suivre par des interventions comportant aussi bien le médecin que le psychothérapeute

oui je veux guérir de la boulimie