A quel âge devient-on boulimique et la boulimie est-elle plus fréquente chez les femmes ?

Parmi les 100 cas que nous avons sélectionnés pour cette étude, on trouve les proportions suivantes :
1 homme pour 99 femmes.

Les âges vont de 13 à 60 ans dont :
36 % de 13 à 20 ans.
25 07o entre 20 et 30 ans.
23 % entre 30 et 40 ans.
13 07o entre 40 et 60 ans.

Toutefois notre échantillon n’est pas représentatif des boulimiques en général ; il reflète simplement la population d’une consultation de l’après-midi, dans un service de nutrition-endocrinologie pour adultes. Les enfants et les jeunes adolescents sont suivis dans des services d’enfants ; et s’ils présentent de surcroît, en même temps que la boulimie, des difficultés scolaires ou caractérielles, on les retrouvera dans des consultations médico-psycho-pédagogiques. Par ailleurs, pour les hommes ayant une activité professionnelle, les horaires de début d’après-midi constituent souvent un obstacle.

Sexe

Ces réserves faites, il semble que, dans l’enfance, la proportion de boulimiques soit à peu près équivalente dans les deux sexes, encore qu’il s’agisse à ce moment-là davantage d’obèses ou de prédisposés à l’obésité que de vrais boulimiques. Ce sont des enfants gavés, gâtés, à qui on offre trop d’aliments sucrés.: bonbons, glaces, céréales sucrées, yaourts aux fruits, desserts, goûters, gâteaux, boissons sucrées. On note qu’un enfant ayant aujourd’hui douze ans aura sans doute déjà consommé plus de sucre que son grand-père dans toute sa vie. Mais le réflexe du recours à la friandise-consolation se crée ainsi, et l’évolution vers la boulimie en est facilitée.

A partir de l’adolescence, la boulimie apparaît comme nettement plus fréquente chez les femmes, et pas seulement parce qu’elles ont tendance à s’alarmer plus vite et à consulter plus facilement que les hommes.

Après la puberté, les intérêts sont plus diversifiés chez les garçons : la sexualité, l’aventure, le sport, le désir d’apprendre et d’exercer un métier, tout cela tient de la place dans leur vie, et les éloigne du foyer, leur permettant ainsi de prendre des distances. Les contraintes sociales les éloignent des victuailles, quelquefois remplacées il est vrai par la cigarette ou le verre, plus conformes au prestige masculin que le chocolat ou le petit gâteau.

Chez la jeune fille ou la jeune femme, les contraintes du métier sont souvent plus tolérantes. Le schéma traditionnel leur attribue le rôle principal dans la préparation de la nourriture, y compris l’approvisionnement et le stockage. Les tentations sont multipliées, les barrières plus lâches.

Âge

En ce qui concerne l’âge où débute la boulimie, c’est indiscutablement l’adolescence ou la post-adolescence. Les boulimies de l’enfance, nous venons de le voir, sont la plupart du temps des boulimies induites par l’entourage : gavage, suralimentation familiale, excès de tendresse qui ne veut jamais laisser un désir insatisfait.

Les boulimies de la maturité ou de l’âge moyen ne sont que la réactivation d’une boulimie plus ancienne manifestée lors des difficultés de la période adolescente. Refus de sortir de l’enfance, retour à ce mode de satisfaction oral qui permet d’échapper aux stress, à l’angoisse, à la tristesse.

Pour la jeune fille, c’est d’autant plus vrai qu’il s’agit d’un conflit avec la mère, cette mère indispensable et redoutée, qui met au monde, nourrit, soigne, critique, interdit, exige, cette mère avec laquelle il est si difficile de prendre ses distances. La nourriture devient alors l’enjeu symbolique du conflit autour duquel s’organisent les rapports mère-fille. Il y a déplacement, l’enjeu c’est l’amour et la haine, la vie ou la mort, le plaisir ou le déplaisir, le manque ou la plénitude, mais rien de tout cela n’est nommé : il ne s’agit que d’hygiène, de nutrition, de calories, de poids, de petites choses en somme, bien anodines, qui vont servir à masquer les vrais problèmes…

Lorsque la boulimie se manifeste, soit comme une rechute, soit pour la première fois chez une femme qui a dépassé la trentaine, on peut toujours déceler la reviviscence du conflit ancien, présent à travers les parents, à travers les remplaçants des parents, à travers les enfants. C’est bien souvent après une naissance, un deuil, un abandon, des conflits d’éducation, la mésentente familiale, que la boulimie s’installe, plus ou moins insidieusement, témoignant ainsi de l’angoisse ou de la dépression qui avaient été maîtrisées pendant une période plus ou moins longue.

oui je veux guérir de la boulimie